Le contexte
Le 1082, boulevard Base-de-Roc, à Joliette, occupe une parcelle profonde sur un axe routier d’importance. L’investisseur cherchait un format dense mais discipliné : trente-deux unités locatives capables de générer un revenu institutionnel stable sans tomber dans la barre verticale anonyme.
Notre lecture du site : la profondeur du terrain permet de monter un seul bâtiment en bande basse longue plutôt qu’une tour. Cette typologie répartit les unités sur deux à trois niveaux, conserve une lecture résidentielle et amortit efficacement les coûts de fondations sur une grande emprise au sol.
Les décisions structurantes
Volumétrie en bande basse
Un bâtiment unique, allongé sur la profondeur du terrain, avec des décrochés de façade pour rythmer la lecture du volume. La toiture à pente douce et le parement composite reprennent la grammaire des immeubles locatifs récents de Joliette, sans surenchère stylistique.
Structure mixte
Sous-sol et rez-de-chaussée en béton armé pour absorber les charges du programme locatif. Étages en charpente bois préfabriquée pour optimiser le calendrier de chantier et limiter le poids sur les fondations. Cette combinaison classique reste la plus efficace pour un programme de cette taille en sol lanaudois standard.
Logistique de chantier
Construire trente-deux unités sur un seul bâtiment impose une planification logistique rigoureuse :
- Excavation et fondations en blocs successifs
- Levage de charpente par sections pour limiter l’exposition à la météo
- Pose de l’enveloppe par phases coordonnées avec les corps de métier intérieurs
- Approvisionnement matériaux planifié par lots pour optimiser le stockage de chantier
Le chantier s’est étalé sur quatorze mois, calendrier compatible avec le programme et la capacité d’absorption locative du marché.
Configuration intérieure
Trente-deux logements répartis en typologies variées (3½, 4½, 5½) pour rejoindre un éventail de profils locataires :
- Aire de vie ouverte avec porte-patio donnant sur balcon ou terrasse arrière
- Stationnement extérieur dédié à l’arrière
- Connexion électrique indépendante par unité
- Espaces communs limités au strict nécessaire pour réduire les coûts d’entretien
L’enveloppe thermique combine isolant rigide en continu, laine minérale en cavité, pare-air vérifié à la caméra thermique avant fermeture. Les valeurs R atteintes restent compétitives pour limiter les coûts d’opération.
Insonorisation entre les unités
Pour un programme locatif de cette taille, la transmission sonore entre les unités est un risque majeur de plaintes. Notre approche :
- Désolidarisation acoustique entre les planchers
- Cloisons mitoyennes en double colombage avec laine minérale dense
- Traitement particulier des descentes de plomberie pour limiter les bruits de chasse
Ces décisions, prises dès l’esquisse, coûtent plus en construction mais réduisent considérablement la rotation locative à moyen terme.
Le déroulement du chantier
Quatorze mois de chantier avec une coordination centralisée. Le projet a impliqué une douzaine de corps de métier sur la durée, avec des pics de simultanéité demandant une gestion fine des aires de chantier.
L’approvisionnement matériaux a été planifié par lots successifs pour éviter le stockage massif sur un site déjà occupé par les opérations de chantier. Les ajustements en cours de route ont été chiffrés et validés par écrit avant exécution. Aucun extra non approuvé n’est apparu en cours de route.
Le résultat
L’immeuble a été livré dans le budget convenu et dans les délais initiaux. La majorité des logements étaient pré-loués avant la livraison, l’investisseur ayant pu s’appuyer sur la position du site sur le boulevard Base-de-Roc et la qualité de finition pour positionner les loyers de façon compétitive.
Aucune intervention de garantie majeure n’a été demandée durant la première année d’exploitation. Le ratio rendement-risque s’est révélé conforme au plan d’affaires initial.
Ce que cette réalisation illustre
Les programmes locatifs de trente unités et plus sont rarement bien servis par les volumétries verticales en milieu péri-urbain. La bande basse longue, lorsque le terrain le permet, offre une densité réelle sans bruit visuel et sans la complexité technique d’un immeuble en hauteur.
C’est ce que nous appelons construire à échelle de territoire : adapter la typologie au site et au tissu urbain, plutôt que d’imposer une formule générique qui détonne.


